Snep UNSA
23 octobre 2021

Défendre les valeurs de la République ? Pas sans vous M. le Ministre

La promotion des valeurs de la République et du principe de laïcité font partie de l’ADN du Snep-Unsa. En ce sens, nous accueillons favorablement l'idée d'un plan de formation annoncé par le ministère.

 

Ce plan prévoit la formation de 250 000 agents par an, qui bénéficieront de deux demi-journées de formation. Ainsi, l’urgence des besoins a sans doute conduit le ministère à privilégier la surface de formation plutôt que sa profondeur, qui aurait pu offrir du temps aux équipes éducatives pour construire des projets pédagogiques correspondant aux problématiques rencontrées localement.

 
Le lancement de ce plan de formation, s'est déroulé entre deux polémiques.

Une polémique initiée par l'association de l'Eglise catholique en charge du prosélytisme religieux en direction des agents et des élèves.  Selon cette association (SGEC) la laïcité ne se vivrait pas de la même manière pour les enseignants soumis à "l’immersion dans l’évangile de Jésus-Christ".

Et une polémique consécutive aux propos du ministre de l’Éducation nationale : « Si vous voulez devenir plombier et que vous avez un problème avec les tuyaux, vous choisissez un autre métier. Il faut en faire un autre. Si vous devenez professeur, vous transmettez les valeurs de la République. Et si vous ne les transmettez pas et si même vous militez contre les valeurs de la République, éventuellement sortez de ce métier, parce que vous vous êtes trompés à un moment donné »

Si le ministre était cohérent dans son propos, il devrait retirer à l'association SGEC son pouvoir et sa capacité à former les enseignants, agents publics de l'Etat.  En effet l'association SGEC contrôle le dispositif de formation et d'affectation des agents publics. Le fera-t-il ?
 
Le fond du propos du ministre n’a rien de nouveau et figure déjà dans le premier article du code de l’Éducation qui précise clairement que « Outre la transmission des connaissances, la Nation fixe comme mission première à l’école de faire partager aux élèves les valeurs de la République. » Sur le terrain, ces valeurs sont largement partagées et mises en œuvre par les enseignantes et enseignants, ce que confirment les corps d’inspection.
 
Toutefois et de manière très prévisible, le ton hâbleur de cette sortie a suscité un grand nombre de réactions hostiles, qui consolident l’effet recherché : apparaitre auprès de l’opinion publique comme un authentique défenseur des valeurs républicaines. Cela s’inscrit dans la continuité du lancement de son think tank nommé « le laboratoire de la République ».
 
Si ces propos étaient destinés à œuvrer concrètement, en faveur des valeurs de la République, le ministre aurait dû s’interroger quant aux personnels ayant manifesté dans une tribune leur soutien à Éric Zemmour, lequel vante perpétuellement les mérites de Philippe Pétain, qui a notamment abattu la République en instaurant le régime de Vichy.
 
De plus, le premier article de notre constitution indique que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Or, cet élément social manque cruellement au laboratoire du ministre : la mixité scolaire n’est aucunement recherchée, les fonds sociaux destinés aux élèves les plus défavorisés ont diminué de 17% depuis 2017, la structure catholique dispose toujours d'un monopole sur l'attribution des moyens pour ouvrir des classes. La structure catholique dispose toujours de ses moyens de pression sur l'affectation des 140.000 agents publics en dépit de l'existence de règles officielles.  La structure catholique dispose toujours de la formation professionnelle de ces mêmes 140.000 agents.

Et le ministre va laisser le soin à des associations confessionnelles (ISFEC, "université" Catho, ...), financées par l'argent public, de former les agents au principe de laïcité ?

Pour le Snep-Unsa, l’exercice d’un ministère ne doit pas se confondre avec l’orchestration de positionnements essentiellement destinés à s’élever vers un avenir politique pour lequel ni l’École ni ses personnels ne veulent servir de marchepied.
L'exercice d'un ministère pourrait nécessiter un zeste de cohérence afin d'obtenir un minimum d'adhésion des agents donc un meilleur fonctionnement de l'ensemble.

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