Snep UNSA
5 juillet 2022

Rentrée 2022 en voie pro : entre inquiétudes et perspectives

Encore une fois, la voie professionnelle est mise en avant dans la circulaire de rentrée. Après une campagne présidentielle où il n’aura jamais autant été question de voie pro, le ministre va poursuivre et amplifier le travail initié par son prédécesseur.


Quelles perspectives, que peut-on craindre pour nos collègues et leurs élèves ?

Une énième revalorisation de la voie pro
 
Année après année, le constat est le même : cette voie de formation n’est pas reconnue à sa juste valeur. D’après la circulaire, les parcours sont insuffisamment promus. C’est une réalité mais c’est en partie le résultat d’une promotion démesurée de l’apprentissage par les pouvoirs publics au détriment des formations sous statut scolaire en lycée.
Il ne s’agit pas de créer toujours plus d’outils comme la Semaine des lycées professionnels, ou le dispositif InserJeunes, il convient surtout de s’assurer de l’efficacité de ces mesures et d’accompagner les jeunes pour qu’ils puissent réussir.
 
Pour le Snep-Unsa, il ne suffit pas de se payer de mots et d’empiler des dispositifs pour donner l’impression d’agir. Il faut mettre les moyens d’une politique claire et ambitieuse pour la voie professionnelle. Cela passe par une promotion plus active de cette voie de formation et une revalorisation des personnels sur le terrain.
 
 
Toujours plus de transformation au lycée pro
 
La transformation engagée du lycée professionnel sera poursuivie selon le ministre. Pourtant les ajustements indispensables de cette réforme sont nombreux.
Le poids de l’interdisciplinarité, l’empilement des dispositifs tels que le chef-d’œuvre ou la co-intervention, ont rendu les conditions de travail plus difficiles et ont conduit à une véritable perte de sens. Rien ne permet d’affirmer que l’impact sur la motivation des jeunes et la réussite du plus grand nombre est réel.
En revanche, les dysfonctionnements et limites de ces dispositifs sont déjà très concrets et nombreux, aussi bien sur l’aspect pédagogique, sur l’intégration des enseignants de général ou l’organisation de l’évaluation.
 
Pour le Snep-Unsa, le déroulement d’une réforme lourde et exigeante sans l’apport des moyens nécessaires n’est plus supportable.
Le Snep-Unsa prend acte d’un changement de ton et demande le retour à un véritable dialogue social, respectueux de notre expertise et de la vision à long terme de l’éducation que nous portons.
Le Snep-Unsa revendique des moyens à la hauteur des enjeux discutés dans le cadre du comité de suivi.

 
 
L’insertion professionnelle, seul objectif ?
 
La circulaire de rentrée met l’accent sur la formation aux techniques de recherche d’emploi et prône un renforcement des compétences professionnelles en lien direct avec les entreprises.
Pourtant, les liens LP-entreprises sont déjà très forts. Cela montre une certaine méconnaissance du ministère quant à la réalité du travail effectué en lycée professionnel. Cela confirme aussi l’obsession du gouvernement concernant la seule insertion professionnelle à court terme. Elle est certes essentielle mais ne saurait être suffisante. Dans les formations initiales sous statut scolaire, il s’agit de former des citoyens, parfois de futurs étudiants, et pas uniquement de jouer le rôle de recruteurs en répondant aux besoins immédiats des entreprises locales. De ce fait, et même si la poursuite en BTS n’est pas une fin en soi, il faut toutefois s’assurer que nos jeunes puissent s’y épanouir et réussir.

Pour le Snep-Unsa, l’encouragement à la poursuite d’études est une bonne chose et l’implantation de sections de BTS dans les LP sera une solution pour encourager les jeunes à continuer après le bac.
Toutefois, les modules de poursuite d’études en terminale, loués par le ministre, peinent à se mettre en place. Le soutien inconsidéré du gouvernement à l’apprentissage détruit petit à petit la voie scolaire. Le Snep-Unsa s’oppose à ce que le ministère continue de couper la branche sur laquelle nous sommes assis.

La mixité des publics apprentis-élèves : un soucis non résolu

Preuve supplémentaire d’une promotion démesurée de l’apprentissage par les pouvoirs publics,le développement incontrôlé de la mixité des publics apprentis-élèves dans les établissements privés sous contrat. Cela se traduit par la possibilité d'imposer aux enseignants (sous la forme d’un accord difficile à refuser) des apprentis dans leurs classes d'élèves. Avec la facilité d'ouvrir un CFA, de nombreux directeurs jouent à plein l'effet d'aubaine du fait des subventions publiques généreusement apportées avec bien peu de contrôle.

Pour le Snep-Unsa, il faudra que les pouvoirs publics répondent à la question suivante: Comment l'administration peut-elle accepter de verser une double subvention pour financer des murs, des emplois, du fonctionnement déjà pris en charge ?

Le Snep UNSA a d'ailleurs introduit un recours du fait de ce qui pour nous est du laxisme. (voir ICI)


Avis du Snep UNSA :

Le discours du ministre exclusivement centré sur les PFMP et l’insertion professionnelle pourrait faire planer le spectre de la réforme du lycée professionnel proposée par le candidat Macron.

Comme le Snep-Unsa le répète depuis de nombreuses années, l’apprentissage n’est pas un modèle que l’on pourrait dupliquer et adopter tel quel n’importe où. Il n’est adapté qu’à une petite partie de nos jeunes qui y trouvent un véritable épanouissement. Toutefois, il n’est certainement pas fait pour l’essentiel de nos lycéens qui ont besoin de l’accompagnement particulier en lycée professionnel et du savoir-faire singulier des professeurs en lycée professionnel qui va au-delà de l’apprentissage d’un métier.
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